Exclure l’humanisme de Schengen ?

Cette histoire commence en séminaire de régulation des services du département de droit. En apparence, rien à voir avec les réfugiés. Et puis à un moment, le professeur cherche à donner un exemple sur les services sociaux, et évoque alors une excursion qu’il a conduite sur l’île de Samos dans le cadre de l’Université Démocrite de Thrace (Grèce) dont il dirige un département. En évoquant cette excursion, l’émotion le saisit…

 

ich-bin-aylan-kurdi-lautet-dieLe récit du professeur Hatzopoulos, publié in extenso sur le site beucitizenship.eu, est riche en détails qui éclairent le débat public sur la crise des réfugiés et les mesures que l’Union européenne doit prendre. Les réfugiés voyagent sur des bateaux gonflables pouvant tenir jusqu’à 60 personnes, avec un moteur bricolé artisanalement et peu de carburant. La place coûte 1 200 euros, avec des réductions pour les bébés et si les réfugiés sont prêts à voyager par mauvais temps, ce qui suscite cette remarque acerbe du prof. Hatzopoulos : la main invisible d’Adam Smith est donc bien partout. Il remarque d’ailleurs l’augmentation des réfugiés prêts à traverser par mauvais temps, signe de l’aggravation de la situation en Syrie et dans les camps de réfugiés et du désespoir croissant de cette population. Les trafiquants forment sur place un « capitaine », à qui un couteau est confié pour percer le canot s’ils sont approchés par un navire grec ou de Frontex, un tel sauvetage empêchant la reconduite à la frontière.

 

L’arrivée est difficile : les migrants ne transportent qu’un sac à dos ou un bébé avec eux et ils manquent de tout. Mais ce qui est remarquable c’est ce qu’il se passe, une fois arrivés sur l’île. Le dévouement est extraordinaire. Chaque fois que c’est possible, les autorités grecques font des rondes de l’île pour venir en aide et transporter les personnes les plus vulnérables : enfants, personnes âgées et femmes enceintes. Des documents d’identité sont systématiquement établis mais la prise d’empreintes digitales dépend de l’afflux de réfugiés, faute de moyens suffisants. Comment encore prétendre vu ce récit que l’Etat grec est irresponsable et ne s’occupe pas de maîtriser et réguler les flux de réfugiés ? Surtout quand on sait la saignée qui touche l’Etat grec du fait de l’austérité…

 

Le récit rapporte aussi l’humanité extraordinaire des populations locales, aidant bénévolement de toutes les manières possibles les réfugiés (dons, assistance, restauration, etc.), souvent avec le soutien d’individus ou organisations ayant une expérience dans l’humanitaire. Les organisations non gouvernementales jouent enfin un rôle très important, surtout pour l’aide médicale, mais le rôle le plus déterminant est joué par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qui fournit tentes, matelas, interprètes et met toutes ses compétences au service de la cause.

 

Ce témoignage de première main de l’impact de la crise des réfugiés sur une île grecque permet de mieux saisir la réalité d’une situation qui nous interpelle mais nous est bien étrangère. Ce qui touche le plus et que le professeur souligne bien est l’humanité avec laquelle la crise est tant bien que mal gérée. Il en tire plusieurs conclusions et des propositions, mais voici la mienne : exclure la Grèce de Schengen, ce qui semble la nouvelle idée en vogue au Conseil, ne fera que déplacer le problème ! A nous d’arrêter de mettre la poussière sous le tapis et de prendre enfin nos responsabilités.

Nathan de ARRIBA-SELLIER

V. Hatzopoulos, Refugee flows or refugees floating? Few things the EU should be aware of, 3 Novembre 2015,beucitizen.eu.

=> Homepage | Page d’accueil

Follow us on twitter ! Like our facebook page !

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s