Dialogue Belgrade-Pristina : le mariage arrangé

Depuis avril 2013, la Commission européenne ne cesse de féliciter la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina. L’accord signé à Bruxelles symbolisait un apaisement des tensions et une autonomie accrue pour les Serbes du Kosovo. Cependant, la réalité sur le terrain est bien différente. Le Kosovo s’enterre dans une crise profonde motivée par le rejet des instances internationales et le souhait d’un changement politique.

Marines étatsuniens  avec des enfants au Kosovo en 1999
Marines étatsuniens
avec des enfants au Kosovo en 1999

Suite à la proclamation d’indépendance du Kosovo en 2008, les relations entre la Serbie et son ancienne province sont marquées par de nombreuses provocations. Boycott mutuel, mandats d’arrêt contre les responsables politiques, financement de structures parallèles ne sont qu’un nombre exhaustif d’exemples qui caractérisent les années suivant l’indépendance. Afin de débloquer cette situation, l’Union européenne (UE) propose une méditation qui permet la discussion entre les responsables serbes et kosovars.

Vers une Republika Srpska du Kosovo?

L’accord de 2013 convient que les municipalités du nord-Kosovo soient intégrées dans le système juridique du Kosovo en contrepartie d’une autonomie renforcée. Jusque-là, deux ordres légaux avaient cours dans le pays ; celui de Belgrade (pour les communes serbes) et celui de Pristina (pour le reste du territoire). Cette avancée écarte le risque de partition.

En retour, les communautés serbes du Kosovo bénéficient à de plus grandes libertés en matière de justice et de police. De plus, la création d’une association des communautés serbes du Kosovo (Zajednica srpskih opstina) permet aux Serbes de se regrouper et de formuler directement des remarques auprès du gouvernement de Pristina. Le renforcement de l’autonomie des communautés serbes est une condition que Belgrade voulait absolument obtenir.

En effet, la ligne dure que Belgrade adopte suite à la proclamation d’indépendance n’est pas tenable. Le pays est engagé sur la voie européenne et certains États européens utilisent cette situation pour influencer Belgrade vis-à-vis du Kosovo. Officiellement, la reconnaissance du Kosovo par la Serbie n’est pas une des conditions additionnelles d’adhésion. Cependant, certains membres du Conseil européen, tels que l’Allemagne ou les Pays-Bas, utilisent le Kosovo pour bloquer le processus d’intégration de la Serbie à l’UE. En récompense à l’accord de 2013, la Serbie obtient le statut de candidat officiel en 2014.

Les négociations entre Belgrade et Pristina à Bruxelles reprennent en février 2015. Cependant, comme dans tout mariage imposé, les accords vont être contestés et le Kosovo va subir une grave crise politique.

Crise politique à Pristina

Camp de réfugiés en Albanie au temps de la guerre | © U.S. AIR FORCE
Camp de réfugiés en Albanie au temps de la guerre | © U.S. AIR FORCE

Dès aout 2015, le gouvernement de Pristina suspend la transposition de l’accord suite à la saisine de la cour constitutionnelle. Le parti principal d’opposition, Vetëvendosje, parti nationaliste albanais favorable à la grande Albanie, organise de nombreuses manifestations. La coalition gouvernementale menée par Isa Mustafa est critiquée par l’opinion publique et doit faire marche arrière concernant l’accord avec la Serbie. C’est un coup dur pour le Premier ministre qui doit gérer les négociations des accords de stabilisation et d’association avec l’UE (signés le 27 octobre 2015).

Les revendications de l’opposition sont simples ; l’annulation des accords. Elle voit l’association des communes serbes comme un cheval de Troie venant de Belgrade et peut mettre en danger la gouvernance du pays (tout en prenant exemple sur la situation en Bosnie-Herzégovine et la création d’une Republika Srpska au Kosovo). De plus, le contexte politique et économique n’a cessé de se dégrader depuis les dernières années. Le manque de renouvèlement d’orientation politique depuis 1999 se traduit par un fort taux de chômage (35% en 2015) et de migration venant de la population kosovare à destination de l’UE en 2015 (entre 60 000 et 100 000).

Au niveau légal, les opposants utilisent la Constitution du Kosovo pour remettre en cause l’accord. La Cour constitutionnelle du Kosovo a tranché le 23 décembre dernier en rendant son verdict: la création de l’Association des communes serbes n’est pas en pleine conformité avec la Constitution du Kosovo. Elle cite notamment les articles qui garantissent l’égalité entre tous les citoyens ainsi que les libertés et les droits fondamentaux.

Ainsi, l’accord poussé par Bruxelles est totalement remis en cause. La décision de la Cour constitutionnelle et l’opposition grandissante symbolise un rejet de l’influence occidentale et de l’UE au Kosovo. L’actuelle coalition gouvernementale a été fortement influencée lors de sa composition par l’UE et les États-Unis. Les manifestations organisées par Vetëvendosje ciblent directement Bruxelles. Même la récente visite du Secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry à Pristina, n‘a pas réussi à débloquer la situation et les propos des « amis » américains n’ont pas fait reculer l’opposition kosovare. Au contraire, les grandes manifestations du 28 novembre ont été violemment réprimées. Le Parlement kosovar a été attaqué de nombreuses fois et des cocktails Molotov ont été lancés sur le siège du gouvernement à Pristina.

Cette remise en cause est un véritable camouflet pour la politique étrangère de Bruxelles. Ici, c’est la quasi-situation de protectorat du Kosovo qui commence à être contestée par sa population. La politique d’élargissement de l’UE doit insister sur les réalités sociales et économiques du pays et proposer des alternatives aux orientations libérales et clientélistes pratiquées depuis 10 ans.

Jean-Baptiste KASTEL

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