Dangereuses tensions dans le golfe Persique

Face à une république Islamique d’Iran qui, suite à la levée des sanctions occidentales, est la puissance montante de la région, l’Arabie Saoudite apparait isolée et fait cavalier seul. De manière assez inhabituelle, la dynastie des Al-Saoud prend des risques dans sa confrontation avec Téhéran alors que le pays est confronté à plusieurs défis majeurs, tant au plan interne qu’économique.

 

Manifestation en Irak contre l'exécution d'Al Nimr | AFP
Manifestation en Irak contre l’exécution d’Al Nimr | AFP

Accusations, escalade, rupture. Il y a à peine 6 semaines, Riyad, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Adel al-Joubeir, annonçait la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran. Une décision survenue après que des manifestants iraniens aient attaqué l’ambassade saoudienne à Téhéran. La crise entre la république d’Iran, chiite, et le royaume saoudien, sunnite a éclaté à suite de l’éxécution du Cheikh chiite Nimr Baqer Al-Nimr, virulent critique de la dynastie des Al-Saoud, ainsi que de quarante-six autres personnes condamnées pour actes de terrorisme.

La mise à mort du cheikh, figure importante de la contestation du régime saoudien a provoqué un tollé dans les communautés chiites d’Irak, du Liban, du Yémen, et de l’Arabie Saoudite même. Tous les dignitaires chiites de la région on dénoncé l’exécution du célèbre opposant du pouvoir de Ryad. En Irak, des milliers de sympathisants du chef chiite Moqtada al-Sadr manifestèrent à Bagdad le mois dernier, appelant le gouvernement irakien en place à rompre toute relation diplomatique avec l’Arabie Saoudite.

 

 

 

Mogherini : l’exécution du cheikh chiite est lourde de conséquences

 

De son côté l’Union européenne n’a pas tardé à exprimer ses vives inquiétudes : « le cas du clerc chiite Nimr al-Nimr soulève de sérieuses interrogations sur la liberté d’expression, les droits civils et politiques de base, qui doivent être préservé dans tous les cas, y compris dans le cadre de la lutte anti-terroriste » a déclaré la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères Federica Mogherini. « Ce cas a le potentiel d’amplifier encore plus les tensions sectaires qui font déjà beaucoup de dégâts dans la région, avec des conséquences très dangereuses » estime encore la chef de la diplomatie européenne.

 

Les tensions entre les deux grandes puissances du Moyen-Orient résultent d’une rivalité bien ancienne entre deux pays qui luttent chacun pour défendre, voire étendre, leur zone d’influence. Le régime saoudien, qui abrite les deux lieux saints de l’Islam, à savoir la mosquée du Prophète à Médine ainsi que la Grande Mosquée à la Mecque, s’affirme comme le grand rassembleur du monde sunnite, branche principale de l’islam. L’Iran, république chiite, une confession minoritaire dans le monde, conteste cette domination. A cela s’ajoute une rivalité entre une république islamique et une monarchie, entre une aire culturelle persane et arabe, et la plupart du temps, un profond désaccord sur les conflits dans la région, notamment en Irak, en Syrie, au Yémen, ou les deux pays s’accusent mutuellement de tenter d’élargir leur influence en s’ingérant dans les affaires internes des pays avoisinants. Cette coupure diplomatique n’est d’ailleurs pas sans précédent, les deux puissances ayant rompu leur relation de 1987 à 1991, suite à de violents affrontements entre forces saoudiennes et pèlerins iraniens pendant le Hadj à la Mecque en 1987.

 

Les tensions se sont exacerbés ces derniers mois après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien à Vienne en juillet dernier. Le tournant diplomatique orchestré par le président américain Barack Obama a d’ailleurs révélé au grand jour les faiblesses de l’Arabie Saoudite. Bien qu’ayant adressé à son grand rival régional chiite ses espoirs de bâtir de « meilleures relations sur la base d’un bon voisinage et de la non-ingérence dans les affaires internes » le royaume saoudien sunnite masque assez mal la réelle inquiétude de voir les appétits régionaux de Téhéran décuplés par son retour sur la scène internationale.

 

 

Retombées catastrophiques ?

 

La dangereuse escalade des samedi 2 et dimanche 3 janvier 2016, de l’exécution du cheikh à la rupture des relations entre les deux puissances régionales par Riyad a fait grimper la température dans une région au bord de l’explosion. Ils mettent bien en lumière la polarisation actuelle entre forces chiites et sunnites dans les pays du Levant et du Golfe, qui sont, pour la plupart, pris dans le brasier irano-saoudien. Au Liban, le cas Al-Nimr a mené à une passe d’armes particulièrement violente entre les chefs de file des communautés sunnite et chiite. À Bahreïn, des affrontements cinglants ont opposé les forces de l’ordre à des opposants de la communauté chiite, majoritaire dans ce pays dirigé par une dynastie sunnite. Le Royaume du Bahreïn s’est d’ailleurs empressé, tout comme le Soudan, de rompre tout lien diplomatique avec l’Iran. Au delà des frontières du Proche-Orient, manifestations pro-chiites ont eu lieu au Pakistan ainsi qu’au Cachemire Indien, ou des centaines de manifestants se sont opposés aux forces de l’ordre.

Mais c’est bien au Yémen, pays déjà en proie à une guerre civile (plus de 7000 morts et 2.5 millions de déplacés à l’heure actuelle) que les retombées des tensions irano-saoudiennes risquent d’avoir des conséquences désastreuses. Le régime saoudien y combat depuis mars 2015, en soutien au président destitué Abd Rabbo Mansour Hadi, les rebelles houthistes (de confession zaïdite, une branche du chiisme), que l’Arabie Saoudite voit comme des forces pro-iraniennes à sa frontière, et qui ont contribué au vacillement du pouvoir en place.

 

De plus, le regain de tension entre les deux pays du Golfe Persique remet à nouveau en jeu la question du prix du pétrole, notamment à cause du détroit d’Ormuz, par lequel transite un tiers des exportations d’hydrocarbures mondiales. Il est bon de noter qu’historiquement, les conflits du Moyen-Orient ont la plupart du temps provoqué une baisse de la production d’hydrocarbures, et donc une hausse mécanique des prix. Les recettes du pétrole, qui représente 80 pourcent du budget de l’Etat saoudien, pourraient engendrer un certain nombre de troubles si ces dernières venaient à diminuer. Les dernières prévisions du FMI sont d’ailleurs là pour rappeler la dure réalité : le taux de croissance de l’économie saoudienne, estimé à 3,4% en 2015, devrait diminuer de plus de la moitié à 1,2% en 2016, avant de remonter à 1,9% en 2017, et que les déficits à venir risqueraient d’éroder les financières du royaume. Affaire à suivre de très près.

Taha BOUSMAHA

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