Vers un perroquet polyglotte ?

En Afrique de l’Ouest, des milliers de langues cohabitent, symbole de la richesse de ce territoire. Néanmoins, la mondialisation et le peu de politiques protectrices menacent certaines langues minoritaires de disparition. Cette crise des langues, aux répercussions sociales indéniables, a aussi des effets insolites. Le Nigeria est l’un des pays monde les plus reconnus pour ses perroquets. Dans un environnement linguistique en mouvement, quelle langue apprendre à ces oiseaux réputés bavards ?

 

perroquets2Les perroquets vivent et se développent dans les environnements les plus multilingues du monde. Dotés d’une incroyable capacité à reproduire les sons qu’ils entendent, ils sont capables de développer des moyens de communication propres au territoire dans lequel ils évoluent. A l’image de l’Homme, ils se rassemblent ensuite en communautés parlant le même langage. Avec 529 langues officielles pour 182 millions d’habitants, le Nigeria possède une richesse linguistique incomparable, que l’on peut retrouver chez les perroquets y résidant.

 

Le commerce des perroquets a toujours été fleurissant sur le territoire Nigérian, l’oiseau étant le symbole d’un certain statut social. Néanmoins, dans une Afrique désormais de plus en plus soumise à la mondialisation et aux lois du marché, ce commerce est biaisé. 62 langues nigérianes sont aujourd’hui menacées de disparition et trois langues seulement, outre l’anglais – le Nigéria étant un ex-protectorat -, dominent de plus en plus le paysage linguistique du pays : l’Hausa, l’Igbo et le Yoruba. Les marchands de perroquets font dès lors face à une question cruciale : quelle langue apprendre à leurs oiseaux pour attirer une clientèle suffisante et maintenir leur activité ? Le prix de vente d’un perroquet dépend de son langage, et va augmenter de $60 à $100 si l’animal est capable de parler la même langue que le client.

 

Animal grégaire, le perroquet est capable de s’adapter à un nouvel environnement en apprenant de nouveaux dialectes. Ce comportement des plus sociables est en fait une stratégie: s’intégrer en communauté pour survivre. Les commerçants peuvent toujours jouer la carte du dressage pour réhabiliter les perroquets avant de les vendre. Véritable investissement, le dressage a de fortes probabilités de favoriser les trois langues principales du Nigeria, heurtant ainsi la richesse linguistique du pays. Néanmoins, un perroquet parlant une langue minoritaire a toujours faculté de séduire. Préserver sa langue et sa culture reste un charmant réflexe pour chacun, d’autant plus au sein d’un monde globalisé. Les autorités publiques du Nigéria cherchent de plus en plus à promouvoir les langues locales, qui atteindront peut-être ce commerce des plus singuliers.

Estelle CORDIER

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