Pascal Canfin : « L’Accord de Paris insuffle une nouvelle dynamique qu’il faut consolider »

 

Former member of the European Parliament and Minister of the French government, Pascal Canfin was among the happy few who convinced president hollande to host the 21st Conference of the parties (COP21) of the United Nations framework Convention on climate change. During the conference, he negotiated on behalf of the most influential think tank on environmental issues, the world resources institute. Since earlier this month, he manages the french section of WWF.

Pascal Canfin speaking to the 67th General Assembly of the UN (Credit: UN PHOTO/Marco CASTRO)
Pascal Canfin speaking to the 67th General Assembly of the UN (Credit: UN PHOTO/Marco CASTRO)

Quelles sont les impressions que vous tirez des négociations de la COP21 ?

 

 

Par l’adhésion de 195 pays à un accord universel et avec une mobilisation sans précèdent de toute une diversité d’acteurs, la COP21 marque un tournant. C’est à mes yeux le premier accord du XXI ème siècle : d’une part il va durer tout le siècle car il a une date de début mais n’a pas de date de fin ; et d’autre part il a été conçu et préparé avec les pays émergents et non plus par les pays dits « occidentaux ». C’est d’ailleurs pour cela que la conférence s’est conclue par un succès car il n’y a pas eu, contrairement à 2009 à Copenhague, de guerre entre les pays du Nord et les pays du Sud.

 

L’accord de Paris et ses décisions insufflent une nouvelle dynamique que nous devons maintenant consolider en s’assurant que les engagements pris seront bel et bien tenus. Cet exercice dépasse les négociations entre les pays. Il touche aussi aux 10 000 engagements pris par les entreprises, les investisseurs, les collectivités locales… C’est l’un des enjeux majeurs de 2016.

 

Quel rôle avez vous joué dans les négociations ?

 

J’ai eu la chance de pouvoir y prendre part à plusieurs niveaux. En tant que ministre du Développement d’abord : j’ai été l’un des rares à pousser le président de la République à prendre le risque d’accueil la COP21. Une fois la décision prise, j’ai contribué à mobiliser l’ensemble du réseau diplomatique français, à travers le monde. Je voyais aussi le besoin de mobiliser les acteurs non-étatiques et de structurer leur engagement au-delà des négociations entre Etats. J’ai initié dès 2013 l’idée d’un agenda « positif » tourné vers l’action et la collaboration entre les entreprises et les Etats. Il fallait casser l’idée selon laquelle l’action climatique est un fardeau. C’est au contraire une opportunité économique exceptionnelle pour ceux qui sauront prendre le train Cet agenda a débouché à Paris à la COP21 avec plus de 70 initiatives sectorielles et des milliers de nouveaux engagements pris. Enfin, j’ai été très attentif depuis le début à faire le lien entre climat et développement. Les pays du Sud considèrent de plus en plus que ce n’est pas la lutte contre le dérèglement climatique qui est une menace pour leur développement mais le dérèglement climatique lui même ! Mais cette vision en 2012 n’était pas forcément partagée partout. Après mon départ du gouvernement, j’ai rejoint le World Ressources Institute (WRI), classé comme le think tank le plus influent au monde sur les sujets environnementaux, Je me suis attelé à plusieurs sujets clefs, comme le dossier épineux des financements pour le climat. J’ai remis en juin 2015 au président de la République des propositions pour réorienter les flux financiers vers le financement de l’économie verte et pour honorer la promesse faite en 2009 de transférer 100 milliards de dollars en 2020 vers les pays du Sud.

 

A qui attribuez vous la réussite de l’Accord de Paris ? Le rôle de l’UE a t-il été déterminant ?

 

Les conditions d’un accord à Paris étaient potentiellement réunies. Des conditions politiques d’abord, avec la volonté affichée des Etats-Unis et de la Chine de trouver un accord à Paris. Cette volonté s’est traduite par plusieurs déclarations au plus haut niveau des deux pays notamment en novembre 2014 avec l’accord qui enterre la hache de guerre entre les deux pays sur le climat, mais aussi par leurs mesures adoptées à domicile comme les nouvelles règles sur le charbon. Une configuration favorable pour la Présidence française de la COP ensuite, avec un réseau diplomatique puissant et une neutralité assurée par la France tout au long de la préparation de la COP. La France a sur mettre a profit ce réseau quasi universel qui lui a permis de porter l’agenda climat directement au sein du G8, du G20, du FMI…. en pleine coopération avec le Pérou – qui assurait la présidence de la COP20.. Enfin, la réussite de l’Accord de Paris tient aussi à la mobilisation sans faille de la société civile vers la COP21. Un mouvement citoyen mondial pour le climat a vu le jour et continuer à se renforcer. Plus de 400 000 personnes se sont retrouvées pour la Marche des Peuples à New York en septembre 2014. Pour la COP21, près du double s’est mobilisé à travers le monde, malgré les dramatiques attentats de Paris, pour demander aux décideurs de répondre à l’urgence climatique.

Quant à l’UE, elle est venue à Paris avec une position définie en Conseil européen. Il a été difficile pour elle de s’en affranchir et de faire preuve de créativité, en partie freinée par de gros blocages de la Pologne notamment. On peut le regretter mais il est clair que la dynamique de l’accord de Paris s’est surtout forgée entre les Etats Unis et les grands émergents.

 

La boucle est-elle bouclée au plan international ou de nouvelles négociations seront-elles nécessaires et si oui pourquoi ?

 

L’Accord de Paris fixe un cadre de travail mondial entre les pays, avec des calendriers, des rendez-vous, des objectifs. Il reste maintenant encore des points à négocier, des instruments à renforcer, des engagements à garantir et à renforcer. C’est par exemple le cas de ce qui constitue la principale faiblesse de l’accord : le fait que les Etats n’aient pas l’obligation de revoir à hausse leurs objectifs pour 2020. Car la fenêtre d’action se referme très vite pour ne pas dépasser les 1.5°C-2 degrés de hausse des températures, comme nous le rappelle la science. Nous sommes aujourd’hui sur une trajectoire de réchauffement de 3 degrés. Et si on reste prisonnier de cette trajectoire jusqu’en 2025 comme le prévoit l’accord il sera tout simplement trop tard. Donc quelle coalition de pays va emboiter le pas du président de la république qui a indiqué dès son discours de clôture de la cop21 qu’il voulait que la France rehausse son ambition pour 2020 ? Comment l’UE revoit-elle sa contribution pour aller au-delà de 40% de réduction ? Voilà un enjeu majeur des prochains mois.

 

Le Nicaragua a failli faire capoter l’accord, pourquoi ?

 

Le WWF ne commente pas les blocages de tel ou tel pays dans les négociations. Le Nicaragua tenait à ce que davantage de moyens financiers soient mis face aux objectifs de l’Accord, notamment pour tenir l’objectif de long-terme des 1,5 ou 2°C. L’essentiel est que personne n’ait bloqué l’accord au final.

 

L’accord n’est-il pas trop flexible et donc promis au rang de recueil de bonnes intentions jamais appliquées ?

 

La flexibilité était une condition pour que certains pays puissent le ratifier. Le degré de contrainte reste effectivement faible compte-tenu de la situation aux Etats-Unis. Le Président Obama n’ayant pas de majorité pour faire adopter par le Congrès un accord de type protocole. C’était aussi une condition politique nécessaire pour l’Inde ou la Chine signe l’accord. Au-delà de la forme juridique de l’accord, la contrainte passera par plusieurs niveaux de pression. La pression exercée par les pairs d’abord puisque l’accord met en place des dispositifs de transparence. La pression exercée par la société civile également. Tout cela constitue une « contrainte politique » qu’il sera difficile d’ignorer. Mais au delà de l’accord lui même je suis convaincu que la contrainte va arriver par d’autres voies. Je pense par exemple à la condamnation des Pays-Bas pour inaction au regard de son obligation de protection de ses citoyens pour lutter contre le changement climatique ou d’Exxon Mobil qui a caché les résultats de ses recherches sur les impacts du dérèglement climatique ce qui peut constituer une violation de ses obligations vis à vis de ses actionnaires. La contrainte juridique va arriver en utilisant les catégories juridiques existantes et en les appliquant au climat.

 

N’est-il pas déjà trop tard pour le climat ?

 

Le 5ème rapport d’évaluation sur l’évolution du climat du GIEC démontre bien qu’il n’est pas trop tard et que de nombreux leviers existent pour avoir une chance de tenir l’humanité sous le point de non-retour climatique de 2°C. En revanche, la fenêtre d’action se referme à toute vitesse. La bonne nouvelle, c’est que nous disposons aujourd’hui des technologies et des moyens pour enclencher la transition énergétique nécessaire. Le champ d’action est de 5 à 10 ans. Il va falloir accélérer car la lutte contre le dérèglement climatique c’est aussi une course de vitesse.

 

L’Union européenne doit-elle maintenant réviser sa position pour fixer des objectifs plus ambitieux ? Quelles mesures doivent être prises maintenant au niveau européen selon vous ?

 

L’Union européenne a souvent mené la danse au niveau mondial avec un rythme de réduction conséquent et des avancées technologiques majeurs. Ces objectifs pour 2030 ne sont malheureusement pas encore au niveau pour enclencher la bonne trajectoire. Elle a par exemple été timide dans le paquet 2030 sur ces objectifs de développement des renouvelables ou d’efficacité énergétique. Ces objectifs ne sont pas contraignant, alors qu’il s’agit des deux principaux moteurs pour opérer les réductions d’émissions. L’UE doit aussi avancer sur la gouvernance en matière de renouvelable et d’efficacité énergétique, avec la fixation d’un système de gouvernance claire, transparent et robuste. Après la réussite de la COP21, il serait plus que triste de voir l’UE perdre la course mondiale sur le climat, vecteur de croissance et d’emplois alors que l’UE est le continent le plus pauvre au monde sur le plan des ressources fossiles et le plus riche en matière de capital humain et de technologies vertes. Le temps où l’UE était le leader naturel de l’économie décarbonée est derrière nous. La compétition est maintenant beaucoup plus serrée. C’est finalement plutôt une bonne nouvelle en terme d’ambition climatique !

Interview conducted by Emilie SCHOU & Ginevra SPONZILLI

=> Homepage | Page d’accueil

Follow us on twitter ! Like our facebook page !

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s