Tout change pour que rien ne change : l’impasse du Sahara Occidental

Le 6 Novembre était un jour de fête pour le Maroc : comme chaque année depuis 40 ans, on célébrait la « Marche verte » par laquelle 350.000 Marocains, sous l’invitation du roi du Maroc Hassan II, père de l’actuel Mohammed VI, avaient chassé le colonisateur espagnol du Sahara Occidental. Après cette marche, l’Espagne de Franco décida de se retirer officiellement de la partie du Sahara qui donne sur l’Atlantique, et négocia des accords avec le Maroc et la Mauritanie. Selon ces accords, signés à Madrid le 14 novembre 1975, le Sahara Occidental fut divisé en attribuant les deux tiers nord du territoire au Maroc et un tiers sud à la Mauritanie, en dépit que le 16 Octobre 1975 la Cour Internationale de Justice s’était exprimée en faveur de « l’application du principe d’autodétermination grâce à l’expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire ». Si pour certains cet évènement semble une victoire contre les puissances coloniales européennes, pour d’autres il ne représente cependant que le début d’une nouvelle dépendance.

10885542_1582393501972135_5520089258454586267_n (1)Dès l’année suivant la Marche Verte (1976) un nouveau conflit éclatait entre le Maroc, la Mauritanie et le Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Río de Oro), mouvement militaire et politique qui exige l’autodétermination du territoire, principalement habité par le peuple sahraoui. En 1979, la Mauritanie se retire du conflit, et le Maroc occupe sa partie du Sahara. Le Maroc commence aussi à construire un mur dans le désert (berm), souvent surnommé le mur de la honte, qui divise son territoire de celui contrôlé par le Front Polisario. Pendant ce temps, la guerre et l’occupation créent des milliers de réfugiés sahraouis qui trouvent refuge en Algérie, principalement à Tindouf, une ville près de la frontière où, encore de nos jours, se trouve la majorité de réfugiés sahraouis. Aujourd’hui le Sahara Occidental se trouve encore dans la liste des « territoires non autonomes » des Nations Unies. Cet épisode est la cause de mauvaises relations entre le Maroc et l’Algérie, et de la fermeture poursuivie des frontières entre les deux pays.

En outre, la pose de mines terrestre par l’armée marocaine le long le mur a créé le champ miné le plus vaste au monde. Les tempêtes de sable ont en effet éparpillé les mines à travers le pays, ce qui rend dangereux chaque mouvement au de- hors des circuits officiels. Aujourd’hui, même une mission des Nations Unies traite du déminage du territoire.

L’opération de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental), basée à El Ayun, capitale du Sahara Occidental, a été créée en 1991, suite à la signature d’un cessez-le-feu entre le Polisario et le gouvernement marocain et de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU numéro 690. Mais, ce référendum n’a jamais eu lieu, d’autant que la situation s’est cristallisée et qu’il est maintenant difficile de la déverrouiller étant donné que le Maroc a favorisé une forte immigration de marocains vers ces territoires, en continuant à exploiter illégalement les vastes ressources dans le Sahara Occidental.

Après 40 ans de conflit, le 6 Novembre 2015, plus de 30.000 marocains ont manifesté à El Ayun devant le siège de la MINURSO en criant “Sahara marocain”, exigeant que la mission quitte les lieux. Les autorités marocaines ne sont en effet pas très heureuses d’avoir une telle mission sur le territoire. Elles ne sont pas non plus favorables à la visite du territoire par des militants politiques, des journalistes, des photographes ou plus généralement des étrangers. A tel point que le gouvernement marocain en est arrivé à demander à l’ONG Human Rights Watch de cesser ses activités au Maroc.

Ainsi, l’ONG Amnesty International a dénoncé récemment le fait que les opposants sont mis en prison et torturés et même le département d’état des Etats-Unis depuis longtemps a fait quant à lui mention de disparus.

Malgré toutes les dénonciations des violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la communauté internationale a tourné le dos au peuple saharaoui. Par example, la France a décidé de s’opposer en 2014 à la concession à la MINURSO de compétences de contrôle du respect des droits humains au Sahara. De son côté, l’Union européenne continue à ignorer ces violations et maintient le Maroc parmi ses principaux partenaires de la Méditerranée, signant même des accords de pêche dans les eaux du Sahara Occidental avec le Maroc.

Après l’acceptation de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) dans l’Union Africaine, le Maroc a abandonné cette organisation régionale et c’est aujourd’hui le seul pays africain qui n’en fait pas partie. Il est remarquable que l’Afrique se soit montrée bien plus attentive aux droits de l’homme et au respect du droit international que l’Europe.

Luigi CINO

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