Margaritis Schinas : “C’est le moment du travail, pas celui des craintes et des spéculations”

Margaritis Schinas is the Chief Spokesperson of the European Commission since November 2014. As Jean Claude Juncker’s voice, this alumnus of the College of Europe is leading a significant part of the EU communication. Exclusive extracts were published within the printed sample, you may find them here !

Margaritis Schinas in his office
Margaritis Schinas in his office

Pouvez vous résumer votre parcours entre votre sortie du Collège et aujourd’hui ?

Après le Collège, j’ai fait un Master à Londres sur Public Policy, c’était juste après le Master que j’ai passé le concours à la Commission après avoir fait un stage Robert Schuman au Parlement Européen. Travailler à la Commission était mon premier et seul job, j’ai dédié ma carrière à la Commission à l’exception de trois années comme député européen. Ce n’est pas un secret que je sois un vrai croyant, pas seulement je travaille pour la Commission, j’ai fait de l’Europe ma vie. C’est pour ça que je dois beaucoup au Collège, c’est là où je me suis orienté vers les affaires européennes, c’est là où j’ai rencontré mon épouse. Je fais donc partie de ce produit typique des gens qui sortent du Collège et choisissent en pleine volonté de faire partie de cette aventure européenne.

J’ai passé le concours d’administrateur, j’ai fait tous les escaliers, tous les niveaux : d’abord à la DG Transports après un passage comme jeune membre de cabinet puis à la représentation de la Commission à Athènes puis en cabinet comme chef de cabinet adjoint et chef de cabinet avant ce break de trois ans comme député européen. Après mon retour, j’ai eu de la chance de rester comme Senior Manager, directeur au BEPA puis à l’ECFIN et depuis le 1er novembre 2014, j’ai le grand honneur et l’immense responsabilité d’être le porte-parole de la Commission Juncker.

 

Pourquoi être devenu eurodéputé en 2007 ?

Le Premier Ministre de l’époque m’a proposé d’être premier suppléant de la liste, puisque j’ai dédié toute ma vie à l’Europe et qu’il ne voulait pas un homme politique interne mais quelqu’un qui symboliserait l’Europe. J’ai accepté, c’était un honneur, une expérience très pédagogique et intéressante car on voit ce qui se passe de l’autre côté du voile.

 

Est-ce bien vu de passer de l’administration au Parlement ?

Nous avons un statut qui permet aux fonctionnaires d’occuper des positions électives en prenant un congé de convenance personnelle, c’est ce que j’ai fait. Pour quelqu’un qui a tant travaillé à la Commission, être élu au Parlement européen renforce la vision du système communautaire. D’ailleurs, je n’étais pas le premier, il y avait plusieurs fonctionnaires de la Commission qui ont fait ça et vice versa.

 

Quel a été votre rôle à Athènes avant de devenir porte-parole ?

J’étais en charge des équipes de la Commission à Athènes pendant la période 2013-2014 pour aider la Grèce à renforcer ses structures administratives, moderniser l’Etat pour faire face aux demandes d’ajustement prévues dans le programme économique. C’était une période très intéressante car elle montre clairement que la Commission a une position de soutien, d’assistance technique à un pays qui a dû faire des réformes très importantes dans un temps très limité.

 

Était-ce une tâche compliquée étant donné le rejet de la Troïka ?

Je pense que mon job là bas était dû au fait que j’étais assez Commission pour représenter l’Europe en Grèce et assez grec pour tenir la Commission informée, au courant de ce qui se passait. J’étais très heureux car je bénéficiais de la confiance des deux côtés. Je garde de beaux souvenirs de cette étape pendant laquelle le programme a été mieux conduit.

 

Beaucoup de commentateurs et d’économistes soulignent les risques du troisième plan d’aide à la Grèce, pensez vous qu’on est allé trop loin ?

Le programme avec la Grèce est le résultat d’un accord entre le gouvernement grec et ses créanciers, c’est un contrat avec une volonté mutuelle de travailler autour de plusieurs objectifs pas seulement fiscaux et macroéconomiques mais aussi de réformes structurelles, des choses très concrètes que la Grèce devra mettre en place pour retrouver le chemin vers la croissance et l’emploi. Je ne veux pas commencer ou terminer mes analyses par les étiquettes, c’est le contenu, le travail à faire qui m’intéresse. Il y a dans ce programme une liste de réformes très précises que les deux parties se sont engagées à réaliser.

 

Une nouvelle crise est-elle toujours possible ?

C’est le moment du travail, pas celui des craintes et des spéculations. Il faut travailler. Il y a déjà eu des progrès très importants depuis juillet et nous sommes dans une logique de mise en oeuvre dont le timing est donné et la séquence est en route.

 

Jean Claude Juncker et Margaritis Schinas
Jean Claude Juncker et Margaritis Schinas

Le Président Juncker avait critiqué le déficit démocratique de la Troïka, est-ce toujours d’actualité ?

C’est ce que le président Juncker a dit ; il a tenu parole. Le programme MES est accompagné pour la première fois d’une importante étude d’impact social qui y est intégrée. C’est aussi important de se souvenir qu’on est dans une optique de dialogue avec le Parlement, il pourra suivre utilement le déroulé du programme, dans les contraintes du traité MES. Le Premier Ministre grec est déjà venu s’exprimer devant le Parlement européen. Celui-ci pourra suivre l’évolution du programme mais toujours dans la logique du traité MES qui est très précis à cet égard.

 

La Commission a, il y a peu, fêté sa première année, quel est son bilan qualitatif ?

Cette Commission est politique et sa première année démontre qu’elle est reconnue comme telle. C’est une Commission qui gère les affaires autour de grandes priorités politiques, les dix priorités stratégiques que le Président a défendu durant sa campagne et dès la première année, la Commission a activé tous ces chantiers, nous avons des progrès importants dans chaque domaine. De surcroît, nous avons mené des initiatives importantes pour la transparence et pour la taxation, travaillé pour régler le problème de la Grèce, sommes en plein travail pour faire face à la crise des réfugiés et nous avons préparé le rapport des cinq présidents sur l’approfondissement de l’Union économique et monétaire. Il n’y a pas de doute que cette année fut très riche et la couverture médiatique de cet anniversaire était inédite et largement positive ! Cette Commission est perçue comme une commission qui travaille “hands on”, comme on dit.

 

Le gouvernement britannique a adressé à Donald Tusk sa liste d’exigences pour le référendum, celles-ci sont elles compatibles avec l’Union européenne ?

Certaines demandes britanniques sont faisables comme le rôle accru des parlements nationaux, d’autres sont un peu plus difficiles mais réalisables aussi comme la clause d’« ever closer union », une demande est hautement problématique sur les bénéfices sociaux. Cela porte atteinte au marché intérieur. Le Premier ministre a déclaré être prêt à étudier des moyens alternatifs pour atteindre ses objectifs et la lettre qui est arrivée le 10 novembre marque le début, pas la fin des négociations. Il faut les commencer et trouver un accord. Je pense qu’à ce stade de négociation il faut travailler pour une solution. Tout est sur la table, donc il faut travailler.

 

N’y a t-il pas un risque que le Conseil européen ne prenne pas en compte les mises en garde de la Commission et passe outre ?

Effectivement les négociations auront lieu au Conseil européen. La Commission comme gardienne des traités fera tout son possible pour trouver des solutions qui seront juste tant pour les Britanniques comme pour les autres.

 

Certains États-membres semblent vouloir profiter d’une éventuelle révision des traités pour approfondir l’intégration de la zone euro et y instituer un Parlement, la Commission y est-elle favorable ?

Tout ce que la Commission pense de l’avenir de la zone euro est dans le rapport des cinq présidents. Il y a trois étapes à suivre dans l’ordre. Ce qui est clair, la leçon de la crise est que nous ne pouvons pas avoir une monnaie unique basée uniquement sur un volet monétaire, il nous faut une union économique et bancaire et il faut une union politique car on doit accompagner ce transfert de compétences par un renforcement de la légitimité démocratique. C’est important que l’Union soit basée sur une légitimation politique.

 

La communication, c’est plus de la pédagogie ou de la propagande ?

Nous faisons de la communication institutionnelle. La Commission ne s’engagera jamais dans les opérations de propagande, spinning ou tactiques agressives de marketing. Nous représentons l’institution et je pense que nous sommes appréciés pour cela car nous livrons des informations factuelles mais aussi nous défendons la logique communautaire et le rôle de la Commission européenne dans le système de l’UE.

 

Interview conducted by Nathan de ARRIBA-SELLIER

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