Xavier Bettel : “J’avais osé espérer que le temps des murs en Europe était révolu”

Le Premier Ministre du Grand Duché du Luxembourg, Xavier Bettel, participait à la conférence Reinventing Europe organisée par les anciens du Collège le 17 octobre dernier à Bruges. Il a pu cette occasion avec beaucoup d’éloquence s’exprimer sur les défis qui se posent aujourd’hui à l’Union européenne et échanger avec les étudiants.
Il a accepté à cette occasion de donner une interview à La Voix du Collège (pour le .pdf, c’est ici !), qui sera également publiée dans la version numérique de notre second numéro le 3 novembre.

La Voix du Collège : Comment voyez-vous le futur de l’UE ? N’est-il pas menacé par la montée des populismes et des nationalismes ?

Bettel1
Xavier Bettel au Parlement européen en juillet 2015 (© European Union 2015 – European Parliament)

Xavier Bettel : Comme presque tous les luxembourgeois,  je suis un européen fervent. En analysant l’histoire de la construction européenne et en considérant tous les acquis de l’Union européenne, de même que les crises qu’elle a déjà su surmonter, je suis persuadé que l’UE est loin d’avoir atteint ses frontières définitives. La montée en puissance du populisme et du nationalisme en Europe est un phénomène dangereux qu’il ne faut pas sous-estimer et nous devons tout faire répondre aux inquiétudes de nos citoyens.

Après l’avoir fait avec la Serbie, la Hongrie construit un mur avec la Croatie, pourtant également membre de l’UE, la Hongrie peut-elle continuer à jouer longtemps en solo sans que l’UE ne réagisse ?
J’avais osé espérer que le temps des murs en Europe était révolu.

Concernant le Brexit, jusqu’où peut-on aller pour l’éviter ? Ce chantage au départ ne risque t-il pas de se reproduire si l’Union se montre trop arrangeante ?
La Grande Bretagne est un membre important de l’UE au même titre que les 27 autres Etats et il est important qu’elle le reste, cependant pas à tout prix. Il faut éviter d’ouvrir la boîte de Pandore.

L’Union européenne doit-elle continuer les négociations sur le TTIP alors que l’opinion publique européenne semble toujours plus réticente et que les Etats-Unis ne semble plus en faire une priorité ?
Il faut s’assurer à ce que les normes européennes dans les domaines sanitaires, sociaux et environnementaux ne soient sapées par cet accord. Pour éviter ceci, davantage de transparence lors des négociations serait de mise.

Après le TTIP, l’avenir est-il au rapprochement entre l’UE et la Chine ?
La Chine est un partenaire important pour l’Union européenne qu’il ne faut pas négliger.

L’accord Safe harbor d’échange de données avec les Etats-Unis a été invalidé par la Cour de justice. La Commission prévoit de le remplacer au plus vite, ne risque t-on pas une fois de plus de négliger les droits des citoyens européens ?
Avec ce verdict, la Cour de Justice européenne a renforcé les droits des citoyens mais aussi celui des administrations. Il instaure un véritable contrôle des données. La Commission a intérêt à prendre en considération l’arrêt de la Cour de Justice lors de l’élaboration d’un nouvel accord.
Je vous signale d’ailleurs que dans le cadre de la présidence, le Luxembourg s’est fixé l’objectif de mettre enfin un terme aux discussions sur les règles relatives à la protection des données, qui sont en cours depuis 3 ans. Nous mettons tout en oeuvre pour que la Commission et le Parlement européen trouvent un accord avant la fin de l’année.

La présidence du Luxembourg va devoir gérer la COP21 avec la Commission, vous dites qu’on ne peut se permettre de la rater mais le scepticisme semble être de plus en plus de mise, est-on condamné à un accord a minima ?
Je suis de nature optimiste mais je suis aussi combatif et le sujet en question est trop important pour le rater. La COP21 est condamnée au succès. Le changement climatique nous concerne tous et je refuse l’idée d’entamer des discussions d’une telle importance avec comme arrière-pensée un aboutissement à un accord a minima.

Le projet de règlement européen portant réforme structurelle bancaire semble au point mort, la régulation financière et bancaire marque t-elle un coup d’arrêt ?
Force est de constater que Parlement européen peine à définir une position sur ce dossier.

En plus d’être Premier Ministre, vous êtes également ministre des télécommunications du Luxembourg, pensez-vous que « l’internet ouvert » va assez loin en matière de neutralité du net ?
Nous venons d’adopter un règlement au niveau de l’Union européenne qui consacre le principe de la neutralité du net pour la première fois à échelle européenne. Ceci est un pas historique. Chaque utilisateur d’Internet a désormais la garantie d’accéder à tous les contenus de son choix en ligne, sans que cela ne soit dicté par le fournisseur d’Internet.
Ainsi, nous sauvegardons la possibilité d’innover sur Internet. Les start-up pourront offrir leurs services innovants à tous les utilisateurs d’Internet. En même temps il reste possible de fournir des services à qualité garantie par les réseaux de communications électroniques.

Vous avez effectué votre Erasmus en Grèce, n’avez vous pas peur que le plan de sauvetage soit trop drastique pour qu’elle puisse s’en sortir in fine ?

Xavier Bettel rencontrant les étudiantes luxembourgeoises du Collège
Xavier Bettel rencontrant les étudiantes luxembourgeoises du Collège

Des situations exceptionnelles nécessitent des mesures exceptionnelles. J’ai une grande admiration et sympathie pour la Grèce et son peuple et je suis conscient que certaines mesures prises dans le cadre du plan de sauvetage demandent de grands sacrifices de la part de la population. Cependant, il faut admettre que la situation de la Grèce est gravissime et qu’il est primordial qu’elle reste dans la zone euro et puisse sortir de cette situation dans des délais raisonnables. Il ne faut pas oublier non-plus que les autres pays-membres de la zone euro contribuent eux-aussi à cette sortie de crise. Je pense que les mesures prises reflètent la gravité de la situation tout en laissant une marge de manoeuvre à la Grèce.

Vous êtes le Premier ministre le plus jeune de l’Union, homosexuel de surcroît, êtes vous une exception ou une avant-garde ?
Ni l’une ni l’autre. Ce n’est pas mon âge et encore moins mon orientation sexuelle qui font de moi une exception ou une avant-garde. Et non, je ne suis plus le plus jeune Premier ministre de l’Union. Quatre de mes collègues sont actuellement plus jeune que moi. (Note de la rédaction : Pan sur le bec, ça nous apprendra à vérifier avant de dire n’importe quoi !) Je suis entré en politique parce que j’avais envie de faire bouger les choses. J’ai eu la chance de devenir député à 26 ans, maire de ma ville à 38 ans et à 40 ans, je suis devenu Premier ministre.

 

=> Homepage | Page d’accueil

Follow us on twitter ! Like our facebook page !

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s