Pour ceux qui ne l’ont pas vécu… Le discours d’Alex Stubb aux étudiants

Hier, entre un discours riche en anecdotes historiques du Recteur et deux petites blagues de Inigo Mendez de Vigo, Ministre espagnol de l’Education et président du Conseil d’administration, Alexander Stubb*, Premier Ministre de 2014 à 2015 et actuel Ministre des Finances de la Finlande délivrait un discours très personnel à la cérémonie d’ouverture de la promotion Chopin du Collège d’Europe. Peu nombreux dans le carré presse, voilà tous ce que les autres médias ont manqué…

Pendant que François Hollande et Angela Merkel défendaient tant bien que mal au Parlement Européen leur vision de l’Europe et de la politique à adopter face à la crise des réfugiés, c’est discrètement mais non sans talent qu’Alexander Stubb s’adressait aux jeunes étudiants du Collège d’Europe. Avec Helle Thorning-Schmidt et Nick Clegg, Alexander Stubb fait partie de ce trio à avoir étudié au Collège d’Europe au début des années 1990 et être parvenu au pouvoir dans son pays vingt ans plus tard.

Alexander Stubb rencontrant les étudiants finlandais du Collège d'Europe
Alexander Stubb rencontrant les étudiants finlandais du Collège d’Europe

C’est un discours très personnel qu’Alexander Stubb adressa aux étudiants, loin des longs monologues soporifiques auxquels les politiques ont du mal à s’extraire lorsqu’ils ne sont pas en meeting électoral. De retour au « Collège de l’Amour » où lui même a rencontré son épouse après avoir été élus par leurs camarades d’alors “couple le plus susceptible de se marier”, il a sans langue de bois prodigué conseils et réflexions aux étudiants. Dans ce riche et passionnant discours en anglais – il a avoué sa crainte de parler français depuis que l’ancienne Ministre française Nicole Bricq ait qualifié son accent de « vache espagnole » – , l’ancien Premier Ministre de la Finlande a pris les étudiants sous son aile, leur répétant les mêmes mots qu’il susurre à ces trois enfants chaque soir : « rêve, croit, travaille dur et réussit ». Sans fausse condescendance, il a pu évoquer son ancienne résidence de Gouden Hand, partager son souvenir, apparemment traumatisant, de la rédaction du mémoire et rappeler la nécessité de s’accorder « a lot of fun ».

Ce discours très personnel n’en oubliait pour autant pas la politique. Ignorant les contraintes – il participe à un gouvernement de coalition avec l’extrême-droite finlandaise -, c’est un discours réaliste mais optimiste qu’il a tenu aux étudiants. Revenant sur sa passion étudiante pour l’intégration européenne, Alexander Stubb a rappelé que la réalité politique était parfois bien éloignée des présentations du monde académique. Lui même étudiant peu après la chute du rideau de fer et l’adhésion de la Finlande à l’Union européenne, il n’a cessé de souligner à quel point la construction européenne vivait un moment passionnant et décisif pour son histoire. Pour lui, l’Union européenne, en « constante gestion de crises » souffre toujours du manque d’une véritable finalité politique, d’un cap. L’Union n’est certes pas parfaite, mais il n’y a pas de monde parfait et toute solution, aussi boîteuse soit-elle, est bonne à prendre pour autant qu’elle permet d’avancer. Sans ignorer la montée des populismes dont il pressent qu’elle n’est pas terminée, il a avoué avoir été le plus inquiet pour la survie de l’Union lorsque la crise économique et financière battait son plein, entre 2009 et 2013.

Alexander Stubb prononçant son discours devant les étudiants du Collège d'Europe
Alexander Stubb prononçant son discours devant les étudiants du Collège d’Europe

Résumant les trois défis que vit l’Union à l’euro, les réfugiés et la sécurité, ceux-ci renvoient selon lui aux trois atouts qui fondent l’Europe : la prospérité, la paix et la sécurité.

La crise économique dans laquelle l’Union reste figée tirerait ses racines du Traité de Maastricht. Ce compromis politique habile consistant à séparer politique monétaire et politique économique ne peut selon lui que se fissurer au passage de la plus violente crise financière que le monde a eu à vivre en un siècle. Si le travail n’est pas achevé, il n’aurait jamais cru en 2008 que l’UE pourrait se doter d’un Mécanisme européen de stabilité, d’une union bancaire, d’un pacte budgétaire renforcé, d’une politique monétaire aussi ambitieuse que le Quantitative Easing et les Emergency Liquidity Assets aussi rapidement. « Dans vos rêves fédéralistes ! » se serait-il alors exclamé. Mais ce fut fait. En bon Ministre des Finances, il a rappelé l’importance future du « Blueprint des cinq présidents » pour l’euro et de l’Union des Marchés de Capitaux tout juste lancée par la Commission européenne. Pour lui, l’Union politique passe en effet par la mise en œuvre d’une véritable Union économique et monétaire.

La crise des réfugiés, ensuite, constitue pour lui un moment décisif pour la construction européenne. Dans la gestion de cette tragédie humaine, ou les choses se passent bien, ou elles prennent un tour horrible. Il n’a pas occulté les difficultés, les scepticismes et les peurs qui gangrènent les populations. Parmi les solutions européennes, car il n’existe pas de solution nationale à cette crise mondiale, il a salué notamment la création de quotas dans la répartition des réfugiés et appelé au renforcement de Frontex, l’agence européenne en charge des frontières extérieures. Il juge également nécessaire d’avoir une politique unique à l’égard des réfugiés. Comme Angela Merkel le même jour au Parlement européen, il a rappelé que, vingt cinq ans après l’effondrement du rideau de fer, l’Europe ne se faisait pas en construisant des murs mais en les abattant.

La sécurité était le dernier point de son intervention. Admettant son erreur d’avoir cru à une meilleure coopération avec la Russie en 2008 après que Vladimir Poutine ait laissé les rênes (provisoirement) à son ancien Premier Ministre Dimitri Medvedev, il a fait néanmoins part de son optimisme. L’Europe n’est plus selon lui un nain politique. Quel nain politique aurait réussi à négocier un accord nucléaire avec l’Iran ? Quel nain politique serait resté ferme dans les sanctions contre la Russie ? Même face à la menace grandissante à l’Est, l’Union européenne est capable de faire face à Daech et aux ambitions russes.

Sans ignorer les sujets qui fâchent, le Grexit (dans lequel il a tenu une position très dure cet été), l’euroscepticisme, l’ancien étudiant du Collège conclut qu’on ne peut relever les immenses défis auxquels l’Europe fait face sans plus d’intégration. Ou pour reprendre la formule de François Hollande, le seul chemin pour retrouver la souveraineté, ce n’est pas le souverainisme et le repli national, c’est la construction européenne. Aux politiques et à la jeune génération de relever le défi, l’occasion pour Alexander Stubb de donner rendez-vous aux étudiants en 2025 pour le passage de relais.

Pour retrouver le discours (en anglais) : http://www.alexstubb.com/?p=1211

* Docteur de la London School of Economics, Alexander Stubb a participé aux conférences inter-gouvernementales ayant conduit à l’adoption des Traités d’Amsterdam, Nice et Lisbonne. Ministre des Affaires étrangères à partir de 2008, Alexander Stubb fut triomphalement élu aux élections législatives de 2011 mais perdit son portefeuille au profit des sociaux-démocrates avec qui son parti forma une coalition. Après trois ans au Ministère des Affaires européennes et du Commerce extérieur, il devint Premier Ministre quand Jyrki Kaitanen rejoignit la Commission européenne en 2014. Plombé par une reprise économique difficile, le parti d’Alexander Stubb perdit les élections de 2015 mais il fut nommé Ministre des Finances par le nouveau Premier Ministre Juha Sipilä.

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