L’Union européenne et les Balkans occidentaux: une stratégie qui s’essouffle

Depuis la fin du conflit en Yougoslavie, les Balkans occidentaux sont engagés dans le processus d’intégration européenne. La situation post-conflit a entrainé l’Union européenne (UE) à adopter une stratégie spécifique afin d’affirmer « l’avenir européen des Balkans occidentaux »[1]. Le processus de stabilisation et d’association (1999) et le sommet de Thessalonique (2003) mettaient en place une nouvelle façon d’intégrer les Etats de la région tout en prenant en compte leurs difficultés internes. Cependant, la passivité des autorités européennes dans la région et l’émergence de nouveaux défis pose un problème: la stratégie d’intégration européenne n’est plus adaptée afin de répondre aux problèmes des Balkans occidentaux.

Après les accords d’Ohrid (2001), les Balkans occidentaux ce sont progressivement rapprochés de l’UE. Celle-ci avait déjà défini de nouvelles règles afin de répondre au grand élargissement de 2004. Mais la situation spécifique des Balkans nécessitait une approche plus personnalisée.

L’après-guerre: priorité sur la stabilisation

Les Balkans au temps de l'empire Ottoman
Les Balkans au temps de l’empire Ottoman

Les accords insistaient sur une chose essentielle: la stabilisation de la région. L’UE avait regardé impuissante les conflits des années 90. Le traité de Maastricht avait mis en place la Politique européenne de Sécurité commune (PESC). Cette timide tentative d’une politique étrangère européenne a été malmenée dès sa création lors du conflit en ancienne Yougoslavie avec des intérêts divergeant selon les chancelleries européennes.

La situation post-conflit nécessitait une nouvelle approche. Ainsi, en plus des critères de Copenhague (1993), il existe des conditions additionnelles d’adhésion qui impliquent une transformation des politiques internes. Les mesures additionnelles incluent: une pleine coopération avec le Tribunal Pénal international pour l’Ancienne Yougoslavie (TPIY), des relations de bon voisinage, la mise en place d’une coopération avec les Etats voisins et l’instauration efficace d’un Etat de droit. Eléments qui insistent sur la pacification et stabilisation de la région.

À l’image sa propre construction, l’UE a contribué à l’apaisement des conflits dans la région en appuyant sur l’intégration économique des Balkans occidentaux. Le processus des accords de stabilisation et d’association permettaient l’instauration d’accords de libre-échange.

Cette stratégie a déjà permis d’intégrer la Slovénie et la Croatie. Actuellement, les Balkans occidentaux sont divisés entre candidats officiels (Albanie, Macédoine, Monténégro, Serbie) et candidats potentiels (Bosnie-Herzégovine, Kosovo). En fonction du statut, les Etats bénéficient d’une enveloppe financière à travers l’Instrument d’aide de pré-adhésion (IAP). Cet instrument financier aide les Etats souhaitant rejoindre l’UE.

Cependant, l’ensemble des outils créés pendant les années 1990 et 2000 ne semblent plus répondre aux défis de la région. L’actuelle Commission européenne manque d’idées et d’intérêt dans la région depuis la crise économique.

L’Europe se délaisse des Balkans

L’agenda européen à progressivement abandonné les Balkans occidentaux. L’UE observe, mais ne propose rien alors que certaines des anciennes structures semble attiser les tensions. Ainsi, la coopération avec le TPIY pose souvent problème. Le tribunal est souvent soupçonné d’appliquer des jugements politiques. L’affaire Gotovina est l’un des principaux exemples. Le Général Ante Gotovina a officié pendant le conflit de 1991-1995. Pendant la guerre, des civils serbes ont été touché et le TPIY avait jugé en première instance la responsabilité du général. Cependant, Ante Gotovina a été acquitté en appel (2012). Une décision contemporaine avec la coopération des autorités croates dans le processus d’intégration européenne et la résolution de conflits territoriaux qui opposaient Zagreb à Ljubljana.

Concernant les crimes de guerre, l’action politique du TPIY n’est pas la seule aberration. L’UE s’est montré très reluctance à insister sur le passé. Les héros de guerre sont devenus les dirigeants d’aujourd’hui. Une partie des responsables balkaniques sont issus des conflits des années 90. Des preuves existent afin de prouver l’implication de certains politiques. L’ancien Premier ministre kosovar, Hashim Tasci, a été cité dans le rapport Dick Marty qui montrait comment l’armée de libération du Kosovo finançait ses activités avec un trafic d’organe sur des civils serbes. Avec cette omerta, l’UE souhaite assurer la stabilité de région en soutenant les dirigeants soupçonnés de crimes de guerre. Cet accord tacite permet à Bruxelles d’avoir une emprise sur les dirigeants. Cependant, les victimes et leurs familles sont laissées pour compte et attendent le jour où les coupables pourront être poursuivis. Cette préférence politique ne permet pas d’assurer une réconciliation stable entre les différentes communautés touchées par le conflit.

Si un Etat souhaite rejoindre l’UE, il doit répondre au critère politique de Copenhague. Depuis quelques années, Bruxelles ne semble plus y prêter attention et favorise plutôt la libéralisation des économies Balkaniques. En Serbie,

Le Commissaire à l'élargissement et la politique de voisinage, J. Hahn
Le Commissaire à l’élargissement et la politique de voisinage, J. Hahn

le Premier ministre, Aleksandar Vucic, exerce un contrôle des médias, attaque directement la justice, pratique le népotisme et a déjà réalisé des marchés publics truqués. Cette opération de musèlement la vie politique serbe est réalisée alors que le Commissaire européen chargé des négociations à l’élargissement, Johannes Hahn, affirme que la Serbie a fait des progrès remarquables en termes de réformes internes. L’UE ferme les yeux alors des démocraties nationalistes ne respectant pas l’Etat de droit s’installent dans la région.

L’intégration économique de la région passe par la transformation des économies. Avec l’héritage titiste, la région doit libéraliser son marché. Mais le dogme économique européen ne prend pas en compte les économies. Le rachat des entreprises publiques passe par une perte d’emploi importante alors que la situation économique est mauvaise. Avant la crise, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine avaient six points de croissance. En 2014, Belgrade affiche une récession de deux points alors que Sarajevo pointe un timide point de croissance. Cette situation est complétée par un taux de chômage important qui affiche 30% en Macédoine et au Kosovo.

Il existe un problème entre les valeurs défendues par l’UE et son action dans les Balkans. Le taux de soutien à l’UE est de plus en plus bas alors que les citoyens balkaniques regardaient vers l’Europe comme une source de démocratisation qui allait protéger la population. C’est le résultat d’un manque d’ambition et de réorientation des politiques européennes. Le phénomène anti-européen contemporain est une marque de défiance liée à la situation politique et économique qui permet l’émergence d’un nouveau phénomène, la Yougosnotalgie.  

Jean-Baptiste Kastel

[1] Conclusion du Conseil européen de Thessalonique ’19 – 21 juin 2003’

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